L’EBE retraité : le chiffre qui décide du prix de votre entreprise

Si vous ne devez maîtriser qu’un seul chiffre avant de vendre votre entreprise, c’est celui-là. L’EBE retraité, les Anglo-Saxons parlent d’EBITDA ajusté, est la mesure sur laquelle repreneurs, banquiers et experts-comptables s’appuient pour juger votre affaire. Et dans une petite entreprise, il est presque toujours très différent de l’EBE qui figure dans vos comptes. Voici pourquoi, et comment le calculer proprement.

L’EBE, c’est quoi au juste ?

L’excédent brut d’exploitation, c’est ce que votre activité dégage avant les amortissements, les intérêts d’emprunt et l’impôt : chiffre d’affaires, moins les achats, les charges externes, les impôts de production et les salaires. En clair : la machine à cash, indépendamment de la façon dont elle est financée et des choix comptables.

C’est pour cela que les acheteurs préfèrent l’EBE au résultat net. Le résultat net peut être piloté, amortissements accélérés, provisions, rémunération du dirigeant gonflée ou réduite : alors que l’EBE reflète l’exploitation elle-même. L’EBITDA anglo-saxon est son cousin très proche ; pour une TPE ou une PME française, les deux se confondent en pratique.

Pourquoi l’EBE comptable ment (un peu) dans une petite entreprise

Dans une TPE, la frontière entre l’entreprise et son dirigeant est poreuse, et les comptes s’en ressentent. Trois exemples que je rencontre constamment :

Le gérant majoritaire qui se verse 70 000 € par an alors qu’un salarié ferait le même travail pour 42 000 € : son EBE est artificiellement bas. À l’inverse, la dirigeante qui se paie 15 000 € « pour laisser de la trésorerie » : son EBE est artificiellement haut. Le local qui appartient au dirigeant via une SCI, loué à l’entreprise 30 % en dessous du prix de marché : encore un EBE flatté. Sans parler du véhicule, des déplacements, du téléphone de la famille et de l’année où un gros litige a coûté 20 000 € de frais exceptionnels.

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Nous la calculons sur vos trois derniers bilans, par plusieurs méthodes croisées, et vous remettons un rapport détaillé à partager avec votre expert-comptable.

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L’acheteur, lui, veut savoir ce que l’affaire dégagera pour lui, dans des conditions normales. D’où le retraitement.

Le calcul, étape par étape

On part de l’EBE comptable, puis on neutralise tout ce qui relève de la situation personnelle du cédant :

On réintègre la rémunération totale que se verse le dirigeant (salaire, charges, avantages). On déduit ensuite le coût d’un dirigeant de remplacement au prix du marché, pour une petite structure, on retient généralement autour de 42 000 € par an, charges comprises. On ajuste le loyer à sa valeur de marché si les murs appartiennent au cédant. On neutralise les produits et charges exceptionnels : litige ponctuel, subvention Covid, année de travaux.

Un exemple concret. Un commerce affiche un EBE comptable de 35 000 €. Le dirigeant se verse 65 000 € tout compris, un remplaçant coûterait 42 000 €, et l’exercice a supporté 8 000 € de frais de procédure exceptionnels. EBE retraité : 35 000 + 65 000 − 42 000 + 8 000 = 66 000 €. Presque le double du chiffre « officiel » : et avec un multiple de 3 à 4, cela change la valorisation de plus de 100 000 €.

Ce que ça change pour votre prix de vente

Tout, ou presque. La méthode reine de valorisation des petites entreprises est le multiple d’EBE retraité, j’explique les quatre méthodes de valorisation dans cet article. Un retraitement rigoureux et documenté, c’est la différence entre un prix que le repreneur conteste ligne à ligne et un prix qu’il accepte comme base de discussion.

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C’est aussi le chiffre que le banquier du repreneur utilisera pour vérifier que l’affaire peut rembourser le prêt de reprise. Un EBE retraité solide et justifié, c’est un financement qui passe.

Comment le présenter sans se griller

Un conseil d’expérience : le retraitement doit être vérifiable. Chaque ajustement doit renvoyer à une ligne précise des comptes, la rémunération du dirigeant est dans les charges de personnel ou sur la liasse fiscale, le loyer est dans les charges externes, l’exceptionnel est isolé en bas de compte de résultat. Un retraitement de coin de table (« en vrai, ça rapporte bien plus que ce que disent les comptes ») produit l’effet inverse : il installe le doute sur tout le reste.

C’est exactement la logique de notre accompagnement valorisation : le calcul part de vos bilans réels, chaque retraitement est posé noir sur blanc, et le rapport final inclut une annexe destinée à l’expert-comptable de votre repreneur pour qu’il puisse tout revérifier. Pour un premier ordre de grandeur avant d’entrer dans le détail, l’estimation détaillée vous donne une fourchette immédiate en trois questions.

Charles Weiss fondateur de vendsmonentreprise.fr

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